Le gouvernement a commencé à organiser la campagne de réélection de Javier Milei alors qu'il reste encore plus d'un an avant le scrutin de 2027. Le point de départ est moins confortable que durant la première moitié du mandat : les enquêtes internes indiquent que la dégradation de l'image présidentielle s'est interrompue et que La Libertad Avanza conserve un socle proche de 30 %, mais aussi que le rejet dépasse l'approbation. Ce nouvel équilibre oblige le pouvoir à préparer une compétition où il ne suffira plus de reproduire l'élan antisystème de 2023.
Milei n'occupe plus la place d'un dirigeant étranger à la politique traditionnelle. L'arrivée de responsables ayant une expérience de l'État, dont beaucoup sont issus du PRO, ainsi que les scandales qui ont touché le gouvernement, ont affaibli les bannières contre la « caste » et la prétention à une supériorité morale. La conséquence électorale est concrète : face à la possibilité d'un second tour, la Casa Rosada doit élargir ses alliances tout en empêchant une candidature de centre droit de diviser le vote qui soutient aujourd'hui le président.
Les gouverneurs apparaissent comme le premier pont de cet élargissement. La présence de treize chefs provinciaux aux côtés de Milei à Tucumán, contre trois un an auparavant, a montré une disponibilité au dialogue que le ministre de l'Intérieur, Diego Santilli, cherche à convertir en accords sous la supervision de Karina Milei. Les gouverneurs formulent deux demandes : des ressources pour leurs administrations et une intervention limitée de La Libertad Avanza dans les scrutins locaux, où plusieurs chercheront leur réélection ou la continuité de leur espace politique.
La réforme électorale constitue la principale monnaie d'échange, mais elle révèle aussi les divergences. Le pouvoir envisage de supprimer les primaires PASO et d'autoriser des listes apparentées sur le bulletin unique en papier, afin que des candidats provinciaux au Congrès puissent se rattacher à la candidature présidentielle de Milei. Certains gouverneurs y voient un moyen de protéger leurs structures, tandis que d'autres rapprochent ce mécanisme de la loi des slogans et refusent la multiplication de listes liées à une même candidature supérieure.
Il n'existe pas davantage de position commune sur les primaires. Raúl Jalil s'est de nouveau prononcé contre les PASO, Osvaldo Jaldo veut les conserver et Alfredo Cornejo envisage des décisions différentes pour Mendoza et pour l'élection nationale. À cette dispersion s'ajoute l'intention de plusieurs gouverneurs de dissocier leurs scrutins du mois d'octobre et de voter entre avril et mai. Leur objectif est d'assurer d'abord le contrôle provincial, puis de négocier l'appui présidentiel depuis une position moins vulnérable.
La relation avec la Casa Rosada variera selon les territoires. Des radicaux comme Leandro Zdero font face à de véritables menaces électorales dans leur district ; les formations de Rolando Figueroa et Alberto Weretilneck répondent à des traditions provincialistes ; et les coalitions au pouvoir à Misiones et San Luis présentent des fractures dont La Libertad Avanza pourrait profiter. À l'autre extrême, le péronisme conduit par Axel Kicillof tentera de maintenir les primaires et de bloquer le retour des listes apparentées.
Pendant que Milei tente d'ordonner ce réseau, une bataille pour son héritage politique grandit au sein même de la majorité. Victoria Villarruel garde le contact avec des émissaires provinciaux depuis le Sénat et a profité de sa visite à Tucumán pour défendre l'industrie locale et promouvoir la loi sur les biocarburants. Patricia Bullrich conserve elle aussi des ambitions pour 2027 et figure, avec Kicillof, parmi les personnalités suscitant le moins de rejet dans une enquête de Management & Fit. Toutes deux cherchent à gagner en autonomie sans rompre encore avec le leadership présidentiel ni avec le pouvoir électoral de Karina Milei.
L'achèvement de cette architecture dépendra du front économique. Une enquête situe l'image positive de Milei à 37 % et constate que 44 % préfèrent maintenir le modèle, même si le gouvernement a perdu des soutiens ces derniers mois. L'accumulation de réserves vise à dissiper les doutes sur les échéances de 2026 et d'une partie de 2027 ; le défi restant est de faire passer l'amélioration macroéconomique dans la vie quotidienne. Si ce pont ne se construit pas, le président arrivera au scrutin sans l'attrait de l'outsider et devra conclure les accords provinciaux, définir les règles électorales et contenir une succession déjà en mouvement.