Axel Kicillof a porté au Misiones un agenda mêlant gestion concrète, contact avec les secteurs productifs et construction politique fédérale. Au cours d'une visite d'environ douze heures, le gouverneur de Buenos Aires a été reçu par Hugo Passalacqua, a signé des accords de coopération et parcouru des institutions liées à la technologie, à l'éducation et à la yerba mate. La journée a produit l'image d'une entente entre deux gouvernements provinciaux d'origines différentes, rapprochés par la défense des capacités locales dans un contexte national qu'ils jugent défavorable à la production et à l'emploi.
Trois accords ont constitué le cœur institutionnel de la visite. Buenos Aires et Misiones se sont engagées à échanger leurs expériences en matière de développement industriel et technologique, à coordonner la sécurité et la réponse aux urgences, et à élargir la coopération agricole et commerciale. Les textes prévoient formation, assistance technique et accès des produits misioneros à des circuits de commercialisation bonaerenses. L'objectif est de relier des atouts complémentaires : connaissances scientifiques, chaînes régionales, marchés de consommation et capacités publiques adaptées à des territoires différents.
Kicillof et Passalacqua ont visité Biofábrica Misiones, élément important du système scientifique et productif provincial, ainsi que l'École secondaire d'innovation. Ils y ont observé des projets qui articulent recherche appliquée, formation et production végétale, permettant à Misiones de fournir des solutions conçues sur son propre territoire. La visite a aussi rappelé des coopérations antérieures, dont des laboratoires spécialisés installés dans des municipalités bonaerenses avec une participation misionera. Ce précédent donne un contenu matériel au discours fédéral et montre des résultats vérifiables.
La délégation s'est ensuite rendue à Apóstoles, à la Coopérative agricole Las Tunas, fondée en 1960 et liée aux petits producteurs de yerba mate. Kicillof a entendu les travailleurs ruraux et les coopérateurs décrire une activité soumise à la concentration commerciale et à l'affaiblissement de la consommation. L'entrée de petites marques dans des circuits comme Mercados Bonaerenses pourrait élargir les ventes et réduire les intermédiaires. Le défi est important : cinq grandes entreprises concentrent environ 62 % des ventes de yerba mate.
Passalacqua a présenté la coopération interprovinciale comme une réponse pratique aux restrictions budgétaires et au retrait du gouvernement national. Son administration conserve une stratégie prudente envers la présidence, mais la rencontre montre que cette prudence n'empêche pas la coordination avec des gouverneurs critiques de la politique économique. Il a estimé que les provinces doivent travailler ensemble et que le fédéralisme doit devenir action. La scène élargit ainsi le réseau d'interlocuteurs de Kicillof sans imposer une alliance partisane immédiate.
À chaque étape, Kicillof a défendu l'emploi, l'industrie, le tourisme et les économies régionales. Il a contesté une orientation nationale qui, selon son diagnostic, retire des ressources aux provinces, contracte la demande et expose les producteurs à une concurrence inégale. Il lui a opposé un fédéralisme coopératif capable de préserver les capacités publiques et privées. Cette ligne correspond à sa stratégie : construire une alternative par la gestion et montrer que les provinces peuvent résoudre ensemble des problèmes tout en disputant le sens du développement argentin.
La dimension partisane est apparue à la fin de la journée lors d'un rassemblement péroniste avec Cristian Humada. Kicillof a appelé à bâtir une proposition nationale de bas en haut et à donner une représentation politique au mécontentement social. L'affluence lui a offert un soutien inhabituel pour un visiteur extérieur et confirmé que son déplacement ne se limitait pas aux bureaux officiels. Dans une même séquence se sont rencontrés un gouverneur qui gère ses équilibres et des militants en quête d'une référence d'opposition nationale.
Les accords doivent désormais devenir des programmes, des échanges et des possibilités commerciales concrètes. Leur continuité dépendra des équipes techniques, de l'inclusion des coopératives et des petites entreprises, ainsi que de leur résistance au calendrier politique. Pour Kicillof, Misiones constitue une étape importante de son parcours fédéral ; pour Passalacqua, elle ouvre des instruments de coopération sans renoncer à l'autonomie. Le résultat immédiat est un agenda commun. Le résultat politique dépendra de la densité acquise par ce réseau de provinces.