Le Frente Renovador ne se comporte plus comme un allié automatique du gouvernement d'Axel Kicillof et utilise désormais sa représentation comme pouvoir de veto. Les blocages successifs dans les deux chambres montrent que Sergio Massa veut négocier chaque initiative majeure dans un accord plus large sur la gestion, les postes institutionnels et les règles électorales. Le conflit conditionne la fin du mandat et la projection présidentielle du gouverneur.
Le dernier affrontement concerne la régulation de la dépendance aux jeux. Le député massiste Roberto Vázquez a exigé la comparution du ministre Carlos Bianco avant l'avancée du texte porté par Facundo Tignanelli de La Cámpora. Cette demande a gelé le débat, empêché le kirchnérisme de monopoliser une question sociale sensible et obligé l'exécutif à définir publiquement le coût et la portée de la régulation.
Au Sénat, trois élus proches de Massa ont freiné la réforme sanitaire. Ils contestent l'article 8 sur l'adhésion au système de soins organisés et la centralisation du recouvrement, ainsi que l'article 43 sur l'harmonisation des salaires municipaux avec la loi 10.471. Les maires craignent une perte d'autonomie fiscale et des coûts salariaux sans compensation.
Le conflit sanitaire révèle sa dimension territoriale. Massa conserve l'influence de maires et législateurs qui refusent de nouvelles obligations sans financement. Kicillof veut organiser un système fragmenté, mais ne peut avancer si les communes estiment que la province centralise les recettes et décentralise les dépenses. Il faut négocier fonds, délais, compétences et continuité des services.
La bataille touche aussi les quatre postes vacants de la Cour suprême provinciale. La position de Sofía Vannelli a rompu l'accord recherché avec l'UCR et les courants péronistes. La nomination des juges distribue une influence durable, exige des majorités renforcées et conditionne les relations futures entre exécutif, opposition et partenaires de la coalition.
Le calendrier 2027 constitue un autre désaccord. Le MDF envisage de séparer les élections provinciales si les primaires nationales disparaissent. Le Frente Renovador préfère des scrutins concurrents et le maintien des PASO provinciales. Derrière le mécanisme se trouve une question de pouvoir: qui contrôlera l'offre électorale et comment sera tranchée la compétition interne.
Le prochain terrain sera le budget 2027 et la loi fiscale. L'exécutif a besoin de voix pour les dépenses, la dette et les ressources; le massisme veut lier son soutien à la santé, aux juges et au calendrier. Chaque dossier devient ainsi une partie d'un accord unique. Accepter signifie partager les décisions; refuser peut paralyser la gestion.
La sortie exige un accord explicite entre Kicillof, Massa et les autres secteurs. Il devra définir l'autonomie municipale, les ressources sanitaires, les nominations, les primaires et le calendrier, tout en garantissant le budget. Le Frente Renovador a montré qu'il ne donnera pas de chèque en blanc. Reste à savoir si son veto produira un programme commun ou une fracture durable jusqu'en 2027.